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1944 : Villefranche ne fut libéré que le 3 septembre, témoignage Marie-Jeanne

Marie-Jeanne était employée de maison rue d’Anse le 3 septembre 1944

  « Le 3 septembre 1944,  j’ai  nettoyé les lieux chez mes patrons,  après le départ de la Kommandantur, au lieu d’aller danser au marché couvert ! Marie-Jeanne Martin née Chardonnet,  le 28 septembre 1921, était comme beaucoup de jeunes filles et femmes de leur époque, placée chez des gens de maison.

« J’ai travaillé chez la famille Mulaton, de l’usine de confection de bleus de travail  Quelin et Mulaton, de 1939 à 1947. Ils avaient alors une grande propriété au 44 de la rue d’Anse avec dans le parc, une orangerie et une petite maison pour le jardinier. Je logeais dans la chambre de bonne sous les toits.

Fin août, je me souviens de l’arrivée des allemands qui ont sonné au grand portail un vendredi à 4 heures du matin, mais avaient déjà escaladé le mur. Claude Mulaton est venu ouvrir, et une dizaine de chars ont pénétré dans la cour. Une huitaine de membres de la Kommandantur a investi la maison, et j’ai du dormir dans un placard de la lingerie, car ma chambre sous les toits a vite servi d’observatoire. J’étais terrorisée, seule dans la maison avec mon patron, son épouse étant partie en montagne avec ses filles. Les allemands pensaient encercler Villefranche et couper le pont de Jassans, ce qui n’a pu se faire grâce à deux ouvriers dont Auriolou et j’ai oublié le nom du second.  Je n’ai jamais lu aucun écho de ces héros dans les livres !   

Nous  devions rester  souvent dans la cave et mon patron ne cessait de me dire de me préparer à mourir, car si Villefranche ne se rendait pas, c’est ce qui nous attendait ! Nous étions autorisés à prendre nos repas dans la cuisine, après qu’ils aient eux-même déjeuné, mais ne nous laissaient manger que les rares  légumes du potager, nous offrant juste  un peu de café. Et nous les regardions  dévorer beurre et gruyère ! Par contre, il restait du bon vin dans la cave,  qu’ils ont abondamment dégusté ! Toutefois nous avons eu de la chance car ils ne nous ont pas fait de mal. Le matin ils escortaient Claude Mulaton pour qu’il se rende à l’usine.  Ce dernier  m’avait bien dit de me taire, mais j’avais l’habitude de rester bouche cousue, car dans l’Orangerie qui n’a jamais été fouillée, il y avait des bleus de travail pour les maquisards, sous un énorme  tas de foin. 

Le jour J

Nous avions entendu les bombardements d’Anse, et ne savions qui arrivait, amis ou ennemis, les nouvelles peinant à parvenir et mon patron ne me disait pas tout ! Les allemands croyant qu’une colonne de chars des alliés venait sauver la ville, se sont rendus en ayant écho de l’arrivée du Capitaine Giraud. Ils ont été bien surpris quand, suivant les maquisards et les soldats venus les chercher avec d’autres prisonniers, ils ont vu qu’il n’y avait qu’un seul char ! Je les ai vus partir, et j’ai appris qu’on mettait tous les prisonniers au marché couvert. Mais après le départ des allemands chez nous, les « faux maquisards » impossible à repérer parmi les autres, sont venus fouiller le camion plein de ravitaillement, heureusement suivis de près par la police qui a cadenassé le camion ! Très vite d’ailleurs ma patronne est arrivée avec ses filles, prévenue par téléphone par son mari. J’ai bien appris qu’il y avait un bal au marché couvert, mais, en bonne employée obéissante, j’ai du nettoyer la maison. Seule consolation, mes parents ont été prévenus que j’étais en vie ! » Marie-Jeanne avait chez elle des photos, des livres, des lettres, mais hélas tout a disparu dans l’explosion de son appartement de Belleroche, quartier de son cœur, avant d’arriver par obligation à Ma Calade. Elle garde  au cœur ses souvenirs intacts. Une vie bien difficile, ce qui explique sans doute que Marie-Jeanne ne se plaint jamais, assumant les coups du sort, toujours très entourée, agréable en société !

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10/06/2014
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