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LES CONTES DE MAMIE : LE MIRACLE DE LOURDES

Les contes de mamie

11  LE MIRACLE DE LOURDES

 

            Il était de bon ton d’aller à Lourdes, surtout lorsque l’on était inscrite au patronage de la rue Roland à Villefranche. Les religieuses n’auraient jamais admis que l’on ne fasse pas partie du voyage annuel, dont mes parents étaient réjouis. Pour ma part, Lourdes ou pas ne changeait rien dans le fait que j’étais  certainement plus croyante que la moyenne,  et surtout obsédée par l’idée de ne pas succomber au  péché.  Un  traumatisme de toute mon enfance et mon adolescence !

Ma cousine Colette y était pour beaucoup,  elle qui tenta de me convaincre avec succès, alors qu’elle avait pourtant de sérieux doutes sur le sujet, mais avait été un trop bon professeur. Ah la menace du péché, du diable, de l’enfer ! Je n’osais bouger une oreille, et si je fus souvent sage, c’était bien par crainte du Diable !

            Lourdes, les miracles, cela ne m’interpellait pas vraiment ! Mes parents tellement croyants et pratiquants, avaient donc accédé au désir des “frangines” plutôt qu’au mien ! Me voilà donc embarquée pour un circuit de trois jours par le train, afin d’admirer la couleur locale de la foi !

            Dans mes souvenirs de préadolescente, Lourdes était une immense cité, pleine de pèlerins, surtout de fauteuils roulants, dans des rues encombrées de magasins de souvenirs se tutoyant sans vergogne les uns les autres ! Vendait-on autre chose que des photos, statues, médailles et autres colifichets, de la Sainte Vierge Marie, de Sainte Bernadette, qui, dans leur simplicité d’après les évangiles, n’auraient sans doute jamais pensé avoir plus de succès que Johnny Hallyday !

            Nous avons logé dans un foyer et couché sur des lits rangés en rangs d’oignons, sous lesquels nous avions déposé nos bagages. Mes parents avaient cru bon de m’acheter des chaussures neuves.

Hélas mes pieds subirent mal les kilomètres imposés par cette première journée. J’approchais peureusement de l’eau bénite à l’intérieur de la “grotte sacrée”  pour me tremper rapidement le bout des doigts, afin de laisser la place à l’hallucinante file d’attente !

 Collées serrées les unes contre les autres, le souci de ne pas nous  perdre l’emportait sur le cadre que nous avions tout juste le temps de contempler ! Quel bonheur pour mes pieds en sang, que de quitter mes chaussures le soir ! J’allais donc privilégier le port de mes vieilles mais confortables espadrilles si, à mon grand désespoir, celles-ci ne m’avaient pas été chapardées !

 Aujourd’hui, la timidité n’étant pour moi qu’un très vieux souvenir, j’aurai hurlé et ameuté toute la maison, jusqu’à retrouver mes vieilles godasses ! Mais là je n’avais pas l’idée de broncher et sans doute que quelqu’un vivait dans des conditions matérielles pires que les miennes, c’est ce que l’on nous apprenait au caté !

            Le lendemain, un autre miracle devait m’arriver : mes premières règles ! L’idée d’emporter dans nos bagages les horribles serviettes éponges qu’il fallait se caler entre les fesses pour tenter de ne pas tacher draps et vêtements, ne venait à personne ! Je demandais tout de même timidement à mes voisines si quelqu’un pouvait me dépanner, mais aucune ne le put !

 Le second soir, après une journée passée à serrer pitoyablement les fesses, j’étais bonne pour la transfusion sanguine après les écoulements allant  des fesses aux pieds ! Me voilà devenue “femme” parait-il, ce qui ne me faisait pas rire du tout ! Et les copines de rajouter que ce serait ainsi chaque mois durant des années de ma vie ! Pour le coup, le désespoir m’avait envahi et je me demandais terrifiée, si la vie, les fesses humides, était une vie ! Si Colette avait abordé le phénomène menstruel, en parler et subir étaient sans commune mesure ! Tous les mois de toute la vie ? J’insistais en posant la question ! Mais comment peut-on s’habituer à une chose aussi horrible ?

            Quel bonheur de quitter Lourdes et ses miracles pour revenir enfin à Limas auprès de mes parents dont les mines réjouies espéraient tellement que j’avais fait le voyage du siècle ! Dégoulinante, hagarde, il fut bien difficile de leur parler de cette joyeuse expérience !

 Les “bonnes sœurs” bien trop rigides et perdues dans leurs chapelets, n’avaient pas réussi à me convaincre de la beauté de l’expérience et j’osais demander la bénédiction parentale pour quitter le patronage au drôle d’aspect à la fin de l’année suivante ! Le Père Fournel curé de Limas au visage de glace, su me convaincre qu’il faisait le catéchisme jusqu’à la retraite si on le voulait, et je m’y collais avec joie ! Curieusement ses cours étaient plus enrichissants et quelle n’était pas sa fierté lorsqu’il interrogeait de ses yeux n’ayant jamais appris à sourire :

            “- Qui connait le nom des sept diacres ? A part Marie-France, personne, mais prenez donc exemple sur celle qui vient de son plein gré, avec foi et régularité !”

            Avec  ma voix enchanteresse,  grâce aux bons soins de Madame Boulet et de la chorale à Cœur Joie, je devins la complice de Mademoiselle Métra la reine de l’orgue, et dirigeais la chorale des enfants à la messe de dix heures. Je chantais d’abord avec les adultes, dont mon père, à la messe de huit heures, puis restais jusqu’à celle de dix heures ! Si ça, ce n’est pas de la foi ?

            Maryse Guilhot si croyante et pratiquante, faisait mes éloges chaque dimanche :

“ Ah, si mes filles pouvaient être comme toi ! Quel bonheur !”

            Cela ne dura pas toute la vie, seulement jusqu’à mes dix-sept ans où, me sentant dans le péché mais ne pouvant l’avouer en confession, j’abandonnais messe et curé !

            Toutefois l’exemple de Lourdes m’a laissé des traces ! Lorsque ma fille eut onze ans et bien contre son gré, je lui imposais de traîner au fond de son sac de cours, un précieux colis : une serviette périodique !

Cela l’irrita profondément à tel point qu’elle m’accusa d’avoir retardé ainsi l’arrivée de ces précieuses règles ! J’aurai pu penser qu’on avait quitté les années soixante, et que désormais  les infirmeries des collèges étaient équipées du précieux et sophistiqué matériel.

            Plus rien à voir avec les épouvantables et  incommodantes serviettes-éponges, masses nauséabondes au fond de nos confortables culottes, qui  nous écorchaient les cuisses avec le frottement de leur tissu rêche !

            Le linge devait ensuite être trempé et  bouilli pour faire partir les traces de sang,  incommodant l’hiver toute la maisonnée grâce à l’odeur que nous trimbalions, nous suivant  comme une mauvaise blague ! Que les inventeurs de la serviette et du tampon soient bénis !

           



21/10/2014
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