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MESDEMOISELLES AGE TENDRE

Les contes de mamie

19    Mesdemoiselles Age Tendre

1962/1965    Les années tendres

 

              Pionnières de la  section bureau, une trentaine de filles font leur entrée au  Collège d’Enseignement Technique, Porte de Belleville à Villefranche, baptisé C.E.T. grâce à elles puisque ce sera durant trois ans, la seule classe de ce type. L’emploi du temps organisé, permettait à ces nouvelles recrues d’exercer leurs talents avant la création d’une véritable école, car celle-ci était à la base, “l’école ménagère” : tout un programme ! Premier désagrément de ce lieu fut que dès le premier jour les fameuses apprenties bonnes-mamans ont confectionné d’infâmes blouses roses boutonnées, agrémentées d’un liseré à carreaux bleus et blancs, qui se nouait au ras du cou. Le pire arriva dans les jours suivants, puisqu’il fallut se balader dans les rues avec les dites blouses afin de se rendre dans d’autres salles de cours, notamment à l’Ecole du Nord et au Lycée Claude Bernard, soit la moitié de la ville à traverser ! Même pour l’époque, le port de ces blouses nous semblait une punition injustifiée, et cela nous mélangeait définitivement entre torchons et serviettes !

            Comme les écoles sont très distinctement de filles ou de garçons, les jeunes gens devaient contempler discrètement ces rangs de demoiselles sorties de leur antre, pour leur bonheur. Certes, la plupart des filles sont affublées de jupes plissées écossaises arrivant au genou, assorties d’un pull jacquard l’hiver et d’un maillot uni le reste de l’année. Pour les rares privilégiées, avoir une coquette jupe serrée cachée sous la blouse ne présentait alors plus d’intérêt.

            La lunette est un signe de disgrâce et au risque de se casser la figure, la majorité ne les porte que pendant les cours. D …  s’est promis qu’aucun garçon ne la verrait ainsi avant son mariage, ce qu’elle fit. Elle s’est même résignée pendant des années, à fréquenter assidûment les salles de cinéma sans “voir” réellement les films, ce qu’elle nous a avoué bien des années plus tard avec un rire joyeux. Il faut reconnaître que ni les formes ni les montures ne sont élégantes et un garçon qui sort avec une “fille à lunettes” est regardé avec pitié par ses copains, ce qui m’a angoissée toute mon adolescence.

            Les garçons attendent les filles à la sortie du collège mais en se tenant très éloignés de l’entrée, car les surveillantes accompagnent les élèves jusque au dehors. La plupart des filles n’ont jamais embrassé un garçon avant la fin de leur scolarité. A quatorze ans, on ne parle pas de “ces choses-là” avec ses parents et l’on sait seulement qu’il faut éviter les garçons. Les plus intrépides tentent de se renseigner auprès des plus grandes pour rapporter aux autres le résultat des  questionnaires :                                                                                                                                  

“- Comment embrasse-t-on ?

- En embrassant est-ce qu’on peut tomber enceinte ?

- A quoi ressemble un homme dans le pantalon ?

- Qu’est-ce que c’est de faire l’amour ?...

            Il y a quelques effrontées qui sont plus évoluées et qui se sont risquées à la pratique. Mais elles distribuent leur savoir avec parcimonie, se prenant pour des vedettes. Un jour de grande effervescence dans la cour, l’une d’elles a trouvé des lettres de Madame de Sévigné expliquant à sa fille comment se passerait sa nuit de noces. Très peu ont compris en raison de  nos méconnaissances de la théorie des méthodes amoureuses, et la chère petite a conservé ces écrits comme un trésor, n’en lisant que quelques lignes aux élèves de troisième année ! Nous restâmes sur notre faim ! C’est ainsi que de pauvrettes se retrouvaient enceinte sans avoir connu les plaisirs de l’amour. Sans pilule, avec des garçons aussi ignares que les filles sur ce vaste sujet, essayer c’était déjà “être perdus”. Régulièrement,  nos classes regardaient avec envie une de ces extravagantes, si fière de se marier par obligation puisque le cher homme n’avait pas d’autre choix que de régulariser la situation. Mais la majorité étant à vingt-et-un an, le mariage devenait un signe d’indépendance et de fausse expérience, vécu comme une sortie de l’enfance.          

             La coutume (ou la bienséance ou l'éducation judéo-chrétienne...)  étant  d’arriver vierge au mariage, les filles évoquaient avec terreur cette future nuit de noces dont ont disait tant de mal ! L’éducation religieuse très stricte de nous toutes, avait décidé que faire l’amour avant le mariage était un péché mortel et que si l’une d’entre nous dérogeait à la règle, sans se marier, ce sacrement lui serait interdit à tout jamais.

            Quelques années plus tard, je prêtais ma maison à une cousine, pour cette fameuse nuit de noces. Apeurée par le :

- “Je ne vais pas laisser de traces, qu’en penseraient-ils”,

 La cousine n’a pas consommé cette nuit-là. L’homme patient eut bien du mal à déflorer sa belle !

            Tout autour de Villefranche, c’est la campagne. A la place de la zone industrielle sud actuelle, de vastes prairies s’étendent. Les garçons empruntent les barques des pêcheurs pour faire un tour, puis les ramènent sagement le long de la rive où dans les fourrés. Les villages comme Limas, qui à la fin du vingtième siècle est pratiquement un quartier de la grande ville tant les constructions se sont étalées, est presque isolé. Aucun car de ramassage scolaire en cette année 1962 en dehors des lignes régulières Lyon-Villefranche et les enfants vont en classe à pied ou parfois à vélo si les moyens familiaux permettent cet achat.

            J’habite le Pont-Rouge, quartier tranquille de Limas, banlieue de Villefranche-sur-Saône, capitale du Beaujolais, où le petit bois entre la voie ferrée  et la route nationale, fait la joie de la jeunesse.

            Le  petit bois sert de repaire à la bande du Pont-Rouge et est parfois  le témoin de serrements de mains prolongés, comme le veut la bienséance, puis d’innocents premiers baisers sur les joues, mais les filles ne s’y attardent guère. En passant le pont parallèlement à  la nationale, on peut rejoindre la prairie et les terrains des maraîchers, et le long de la voie ferrée, des villas ont été construites pour les employés de la SNCF. On y  recense une bonne trentaine d’enfants.

            Les garçons respectent les filles classées en deux catégories : celles qui couchent, les plus rares, et les prudes qu’il faut manier avec précaution pour espérer un jour obtenir un baiser. Pierre, le chef, grand, brun, blouson noir sachant boire sec où jouer du couteau si besoin est, a la stature de la fonction. Il sait aussi cogner dans les bagarres pour défendre son territoire. Les bandes rivales restent sur leur secteur et ne se rencontrent que dans les bals ou les vogues de Pâques et de la Toussaint qui restent en ville, sur la place du Promenoir, pendant tout un mois.

            Les vogues sont célèbres et très prisées puisqu’elles représentent l’attraction principale et permettent à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des tours de manèges ou auto-tamponneuses, de se retrouver pour se balader. Belleroche, Béligny, le Pont-Rouge, Fongraine, Pontbichet sont de grands ennemis, et malheur à ceux qui courtisent une fille qui n’est pas de leur zone. Le chef de bande est craint et admiré des filles qui attendent un jour d’être remarquées. Je n’échappe pas à la règle et en pince pour le beau Pierre, sans succès, puisque lui est plutôt attiré par mon amie Eliane, distante et un peu bourge, habitant une belle villa du quartier dont les parents sont propriétaires. Mais cela ne durera pas et Pierre va rencontrer très jeune le grand amour, et le garder.

            En cette année 1962, E….  et moi nous rendons au CET à bicyclette. Sur la radio SLC Salut les copains diffuse sans trêve « Souvenirs souvenirs », l'idole des jeunes et Johnny Hallyday fait fureur en ce mois de juin. Une  camarade de classe s’est bandée la main durant une semaine après avoir réussi à serrer celle du héros lors d’un concert. Elle était la seule du collège à avoir assisté à ce spectacle, enviée de toutes.

            Ma famille  possédait un vélo pour six et c’est une grande chance pour moi de pouvoir l’utiliser. Sinon je n’avais d’autre choix que d’aller à pied, ce que faisaient pourtant mes frères pour se rendre à l’école primaire. C’était un avantage d’être la seule fille ! L’année précédente, un collègue de travail de mon père m’emmenait quelquefois sur son scooter. A treize ans, être emmenée par un jeune homme de dix-neuf ans, sosie de l'acteur Anthony Perkins, avait été un ravissement.  Hélas, le service militaire m’avait enlevé mon idole !

La menuiserie PIERRE GUILHOT

            Nous habitions la menuiserie Pierre Guilhot, dont les murs étaient la propriété de la mère Guilhot. On entrait par un grand portail de bois, dans une cour desservant la menuiserie à droite, l’habitation en face, sur deux étages. Le  rez-de-chaussée avait été loué à mes parents, puisque le contremaître mon père André ROUX, se devait de résider sur place, à la fois pour s’occuper de l’atelier et du personnel, mais aussi bien souvent, pour recevoir clients et fournisseurs.

 

 Et n’oublions pas que le travail se faisait, surtout dans le bâtiment, surchargé alors,  et qui faisait dire « quand le bâtiment va, tout va », du lundi au samedi inclus.

            Dans les années soixante, le formica avait fait son apparition (dans sa chanson La Montagne enregistrée fin 1964, Jean Ferrat cite : « … depuis longtemps ils en rêvaient de la ville et de ses secrets, du formica et du ciné…). De belles couleurs pastels, brillant, facile à entretenir d’un coup d’éponge, le formica était roi des cuisines de toutes les françaises, mais aussi des banques dans les commerces. Le premier de la ville à expérimenter ce formica, fut la Boutique Rolin rue nationale, premier client de la menuiserie. La Maison Guilhot  s’approvisionnait en bois chez Ollier route nationale, un peu avant les chantiers du Beaujolais, et en face de la station service Esso. Après Rolin, les commerçants se sont mis au formica ! Dans ces années-là, on achetait et on commandait certes français, mais surtout en faisant travailler les entreprises locales !

 

CET rue  DE BELLEVILLE, prémices du futur Lycée technique de la ville

 

            Par un matin pluvieux, notre duo féminin du Pont-Rouge effectue sa première rentrée scolaire au fameux CET qui a, comme toutes les écoles de la ville, un air de couvent. Il est situé à un carrefour très passager du nord de la ville et  le mur d’enceinte de deux mètres de haut semble cacher des bâtiments sinistres. Aucun risque de  pouvoir s’en évader il n’y a qu’une seule issue. La construction est effectivement robuste, murs épais, classes si hautes que l’éclairage y semble diffus et rendent les pièces lugubres. Les professeurs, uniquement des femmes, cadrent avec le décor par leurs vêtements sobres, foncés, leurs talons plats et leurs chignons bas derrière la nuque, genre “grand-mère  Tartine” héroïne d’une bande dessinée.

            Toutefois, une toute jeune femme, Hélène Jambon d'Ouroux,  a été adoptée pour les matières principales de secrétariat. C’est son premier poste, elle n'est guère plus âgée que nous. Elle s’autorise a des jupes droites noires, des pulls pastels roses ou bleus, un soupçon de maquillage, des cheveux châtains mi-longs au carré, et a d’instinct une classe folle.   Un manteau droit de lainage noir ou gris complète une tenue qui lui donne un air très chic et très moderne, que nous,  filles en anorak lui envions. Cependant, Mademoiselle Jambon a appris par cœur les consignes de sévérité, s’imposant d’emblée comme un prof strict.

            Doyenne du corps enseignant, “Mamie” Vidal professeur de français, essaie sa philosophie de la vie même avec les récalcitrantes et sait féliciter les bonnes élèves. Mamie Vidal a dû tirer ses leçons  du Livre de la Sagesse car elle clame ses conseils à tout propos, arguant que “le bonheur n’existe pas en tant que tel, mais qu’il est fait des petites joies de chaque jour”.    Paroles qui laissent les adolescentes,  de marbre, mais qui reviendront plus tard, dans ma mémoire !

            La coquetterie n’est donc pas de mise pour les élèves, tout maquillage est interdit, au même titre que la cigarette et le pantalon. En 1964 pourtant, le cheveu crêpé qui donnera du volume et permettra une coiffure impeccable, sera toléré. Le jeu consiste à peigner le cheveu en sens inverse pour créer un fouillis de nœuds qui tiendra plusieurs jours pour le volume, sur lequel seront rabattues les mèches de dessus, lissées, avec une raie sur le côté, soit en coiffure courte derrière les oreilles, soit en queue de cheval.  La laque n‘a pas encore fait son apparition. Il ne faut se laver les cheveux qu’une fois par semaine afin de ne pas les abîmer. Il est aussi affirmé que la douche n’est pas autorisée pendant les règles, mais peu de maisons en disposent, ce qui n’est pas un grand risque. Pourquoi tant de précautions, sans doute l’eau est-elle rare et chère, souci des parents ?

            S'il est possible de se faire dispenser de gymnastique ou éviter certains mouvements pendant ses règles, il y a de bonnes raisons. Les serviettes périodiques en tissu éponge sont  vite inondées et il faut se surveiller sans cesse, car les incidents sont presque inévitables. “Les anglais” ou le “débarquement” est un poison de l’existence, aussi dès que les grossières culottes périodiques plastifiées ont été en ventes, toutes les femmes se sont ruées dans les boutiques. Il est difficile à ce jour d’imaginer le bonheur et le confort qu’apportent  ces vanias ou autre tampons.

             Travailler, encore et toujours, tel est le mot d’ordre pour ces trois ans de collège, aucun redoublement n’étant envisageable. Il s’agit d’une première sur la ville et il n’existe qu’une seule classe préparant un CAP d’employée de bureau option commerce, dont l’enseignement est aussi poussé qu’un “bac pro” des années 90, sinon plus. Il fallait suivre bon gré mal gré, ces trois années, sous peine de renvoi, et les contrôles et les devoirs étaient incessants. Cette formation a été la plus  complète de l’existence de cette formule d’enseignement technique. Les gammes de sténo, à rendre tous les matins,  étaient vérifiées chaque jour, tous comme les matières commerciales intenses, comptabilité, dactylographie, classement, commerce, correspondance commerciale, anglais commercial, histoire, géographie, rédaction, orthographe, grammaire, maths et calcul mental, éducation civique, rajoutés à couture et cuisine un peu plus rarement, mais au global un emploi du temps copieux !

 

 

            Mais plus tard, les copines deviendront clerc de notaire, fonctionnaires aux impôts, à la mairie, comptables de haut niveau ou chefs de bureau, faisant de véritables carrières avec leur simple CAP.

            Dès 1963, j’ai  trouvé une méthode imparable pour la sténo. J’écoute chaque soir “Salut les copains” sur Europe Un entre 17 et 19 heures, et prend en sténo toutes les chansons afin de m’entraîner à la vitesse.  Le résultat sera remarquable puisque cette sténo (j’ai eu mon CAP avec mention en sténo)  me servira toute la vie, notamment dans mon travail pour les journaux locaux ou autres réunions.  Mademoiselle Age Tendre, le journal branché,  fait sa sortie chaque semaine dès 1964, et je découpe les photos de mes stars pour les coller sur un cahier de chansons, dans lequel je note  avec application mes préférées.

            Quartier Pont-Rouge, Roux et les autres (ne pas fâcher par des noms de famille autre que le mien..)  décident de s’offrir une bicyclette et s’inscrivent chez un viticulteur pour la cueillette des vendanges, le week-end. Villefranche étant capitale du Beaujolais, les vignes commencent alentour c’est-à-dire sur le haut de Limas, Pommiers, Liergues, Denicé... Le nombre d’heures de travail n’est pas réglementé et on peut commencer à tout âge si on est courageux. La nourriture est fournie et ceux qui ne peuvent se déplacer dorment sur place, à même la paille, dans les granges. S’il pleut, les bottes et les cirés sont fournis, mais la cueillette se poursuit par tous les temps.

 

 Les garçons sont aussi heureux de boire du vin comme des hommes pour la première fois de leur vie et leur première cuite leur fait oublier l’abominable mal de reins et les écorchures sur les doigts. De plus quelle fierté de ramener quelques sous pour améliorer le quotidien, même si la paye n’est pas forcément confortable, et liée à l’âge !

            Une tranche de la vie d’insouciance de la jeunesse ? Pas tant que cela ! Je crois que nous étions très préoccupés par notre avenir, enthousiastes, profitant à notre manière, de chaque instant, avec des rêves plein la tête !

 

Pâques 1963

 

            Comme le veut la coutume, une nouvelle tenue, celle du dimanche s’achète pour être beau comme un sou neuf, le jour de Pâques. Si la jupe plissée et l’anorak durent pendant trois ans, l’habit du dimanche a son importance. Les familles modestes vont faire leurs achats à Super-Eco en centre ville qui ne vend que des vêtements bas de gamme, ou encore  à Supermag, sorte de grande surface pour la mercerie, le maquillage, la laine à tricoter, les sous-vêtements, les bas, les sacs, les chapeaux, les fournitures scolaires, y compris la nourriture.

            Les chaussures Bata proposent une gamme très variée à petits prix. Les  commerçants s’étalent sur tout le kilomètre que constitue la rue nationale, et démontrent qu’il existe bien deux classes sociales. Les chaînes “super” sont les ancêtres des Géants  d’aujourd’hui. Pour la nourriture pourtant, les parents sont nettement moins regardants s’approvisionnant dans les Economiques, Economats, et prennent les laitages dans les Bon Lait. Villefranche est une ville industrielle où il y a de la place pour tout un chacun et où un commerçant est forcément fortuné, d’autant que les paiements se font au comptant. Les employeurs se disputent les bons employés et au sortir de l’école en 1965, les élèves de la section bureau vont trouver immédiatement un emploi dans les industries comme Frangéco, Mulsant, Bonnet, Cincinatti ou encore dans les usines de confection Lucchini, Favrot, Vulcain.

 

            Pour ces fêtes de Pâques de 1963, accompagnées de nos mères, Eliane et moi revenons  “d’en-ville”, avec une paire d’escarpins blancs pointus à talon fin de trois centimètres de chez Bata. Pour la première fois, une toilette de “femme”, grâce à l’ensemble imprimé - sorti en trois cent exemplaires - veste longue boutonnée, col tunisien et sa jupe droite serrée (enfin), non doublé, et dont le tissu était aussi fin que le prix de Super Eco. En ne le portant que le dimanche, l’ensemble était censé durer toute la saison.

             Le noir aussi était à la mode, mais les mères trouvaient cela un peu trop triste et tous les foyers avaient tricoté pendant l’hiver un pull chiné blanc et noir pour leurs adolescentes. Noir, blanc, noir et blanc ont sévi durant quelques années. Le tee-shirt, notamment le noir imprimé “chouchou” au dos,  (modèle de Salut les Copains) se portait devant derrière.

            Le porte-jarretelles d’un rose au pastel incertain, costaud comme une construction, comportait un fermoir en ferraille à la jarretelle que l’on accrochait à une patte de tissu servant de bouton qui s’effritait et devait être raccommodé régulièrement. Il fallait avoir en permanence une épingle de sûreté pour rafistoler le bouton et éviter que le méchant bas de mousse ne dégringole, ce qui, à vélo, arrivait fréquemment. Les collants en mousse bien épais ne feront  leur apparition aux Etats-Unis qu’en 1959, pour faire suite aux bas, autres extases du progrès, mais font moins féminin et les filles hésitent encore ! Ils seront plus prisés lors de l’apparition de la minijupe.

            A la fin de cette première année de collège, C….  a abandonné la classe pour se marier, à seize ans, avec son prince charmant, ses rêveries en cours ne lui permettant plus de continuer. Son mariage, pour le bon motif, durera de longues années et son premier enfant n’aura pas été cause de cette union. Heureusement qu’il existe de belles histoires : ils se marièrent, en bavèrent, eurent beaucoup d’enfants !

            La morosité n’était  pourtant pas de tous les jours. La classe avait son pitre : Danièle C....   ! La tête des profs, à l’appel de son nom en début d’année, était un régal pour cette coquine, ou faussement coquine (même nous n’avons jamais prêté d’attention particulière à son nom)   qui attendait patiemment :

“- Cela se prononce Coucou, Madame, c’est italien”,

 

clamait-elle avec une pointe d’insolence donnant lieu à de grands fous rires. Danièle régulièrement derrière la porte pour avoir perturbé les cours, trouvait une parade, elle grimpait le long du chéneau pour nous faire coucou derrière la fenêtre, sans toutefois se faire prendre !

 

Une prof de comptabilité, bègue pour son malheur, a dû supporter la classe deux ans durant, pour des cours qui donnèrent au fil des mois, des chahuts  collectifs. Mais certaines surent dresser toute la troupe, notamment en cours de maths, avec Madame Didierjean veuve de bonne heure, toujours si triste et intransigeante.

            Les cours d’anglais eurent leur part de folklore avec une “matrone” à la voix de stentor, qui leur apprenait force chansons, du genre “London Bridge is broken down....” pas trop au goût des demoiselles, qui préféraient mourir de chaud et garder les fenêtres closes pour que le quartier ne profite pas de leurs talents. Des fois qu’à l’extérieur, leur petit ami entendrait !

            Sur les trente et une élèves, vingt neuf ont eu leur CAP. Pas mal !!!

 

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21/10/2014
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